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MessageSujet: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 14:13
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La locomotive fit entendre un sifflement rauque : tu étais arrivé à la gare ouest. Pendant une minute, les wagons noirs stationnèrent sous la lumière faiblement argentée du soleil ; ils rejetèrent un mélange de personnes et en avalèrent d’autres. La paix revint tandis que le tunnel engloutissait à nouveau la chaîne de fer sombre.  Tu demeura quelques instants statique aux bords du quai, à te demander si tu n’aurais pas mieux fait de ne pas descendre et de te laisser reconduire à Oranda.

Tes jours de repos sont rares - non pas que tu en sois désolé, bien au contraire. Tu soupires, réajustes ton col de chemise et ton complet noir. Aussi élégamment vêtu, tu attires les regards ; peu s’en faut en général. Une seconde encore et tu t’en vas. Le vent est froid, les pavés humides et le ciel lourd, prémices d’un orage violent à venir.

Tu presses le pas, cherchant tout en regardant ça et là les bâtisses et échoppes, un quelconque moyen de tuer tes heures de liberté. La façade dégarnie à la peinture vert d’eau craquelée d’une petite librairie attire ton attention. Depuis combien de temps n’es-tu pas venu dans ce genre d'endroit ? Des lustres sans doute, en dépit de ton goût pour la lecture.

Sans une once de bruit, tu t’engouffres dans les lieux et évites brillamment contacts et regards avec les autres visiteurs. Ton choix se reporte sur l'étagère regroupant les ouvrages thématisant la notion de beauté au XVIIIè siècle. L'exemplaire est corné aux angles, couvert de poussière. Précautionneux, tu l'ouvres et feuillètes les pages. Ta lecture est difficile - un brouhaha provenant de quelques allées plus haut te perturbe.

Irrité, tu fermes l'ouvrage et gagnes les caisses. Cependant que tu y arrives, tu t'arrêtes et te retournes. La cause du dit brouhaha est là, entourée de quelques femmes et enfants tous plus agités les uns que les autres. Cheveux en bataille, regard vif, gestes souples. Une minute te suffit pour détailler l'inconnu siégeant l'assemblée - d'admirateurs semble t-il. Un panneau à ses côtés indique qu'il est auteur de livres pour enfants, qu'il vient d'en éditer un nouveau - raison de sa présence.

Un détail, sur lequel tu ne saurais te prononcer, t'incite à croire qu'il n'est pas juste ce qu'il paraît être. Un détail qui sème la graine d'une curiosité nouvelle et bien accueillie. Tu délaisses la scène, payes la somme due et quittes les lieux un fin sourire aux lèvres.

Tu prends place sur un banc adjacent à la librairie, agrémenté de quelques arbres et faisant face à la rue. Patiemment tu l'attends, t'occupant en feuilletant ton bouquin. Lorsqu'enfin il sort, tu ne daignes pas pour autant quitter ta position de lecteur. Seule ta voix indique que tu t'adresses à lui. Félicitations pour votre nouveau livre.

Tu marques une pause, tournes une page. Étant un grand lecteur, je suis curieux d'en apprendre plus à son sujet. De quoi parle-t-il ? Alors seulement tu lèves les yeux vers lui. Et ton sourire renaît, tout aussi fin et impénétrable.


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 15:24
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musique – Je n'ai pas beaucoup aimé écrire ce livre.
Comme le précédent, et ainsi de suite. Je n'aime plus beaucoup mon travail. Cela fait plusieurs années déjà. J'ai arrêté de les compter. Puis, à chaque fois que j'essaie, je me gratte la tête jusqu'à m'en brûler le crâne. Je vais encore perdre des cheveux et devoir demander conseil à ma sœur. Ah. Non. Il faut que j'apprenne à me débrouiller seul.

Je n'aime pas beaucoup Zirnitra. Autant qu'Oranda, en réalité. Les gens arrivent à sourire sans difficulté. Je ne sais pas s'ils font semblant ou s'ils sont vraiment heureux de me voir. Qui suis-je, après tout ? Pas grand chose. Un petit homme avec une plume à la main et un pinceau dans l'autre. Je suis heureux ainsi – même si mes cernes et mon air dépité prétendent le contraire. Je déteste la foule. Cette petite librairie est incroyablement chaleureuse pour moi.
Ah. Des clients. Ils viennent, encore. Des enfants. Ils n'en ont pas grand chose à faire de moi. Je parie que ce sont les parents qui lisent mes histoires à leurs gosses. L'autographe, c'est juste un mensonge. Pour faire semblant que tout va bien dans le meilleur des mondes. Qu'on est des êtres humains, encore. J'ai arrêté d'y croire, moi. J'essaye de sourire, je demande le prénom de l'enfant, j'essaye de discuter, j'écris son nom, j'essaye de regarder la maigre foule. J'ai la nausée. J'ai chaud. J'ai froid. Je ne sais pas.

C'est fini.
Enfin.

Je mets ma veste en jean sur mes épaules. J'ai pris la mauvaise l'autre jour. Il y a un trou au niveau de l'épaule. Quel piètre artiste je fais. Je savais que j'aurais dû la jeter.
J'ai envie de vomir, encore. Vraiment. Il faut que je rentre à l'hôtel et – non. Je n'ai plus le temps. Je presse le pas jusqu'à la sortie, mon sac sous le bras et alors que je m'apprête à recracher mon déjeuner, une voix me fait tout ravaler. Elle est noire. Parsemée de rouge, je dirais. Avec une touche de doré. Ou juste rouge avec du noir. Mince. J'ai la tête qui tourne. Je sais que je suis tout blanc. Je n'arrête pas de trembler.

De quoi parle-t-il ?
Je soupire.
Je devrais m'excuser ? Ce n'est pas vraiment poli mais... Mais je n'aime pas parler de ce mauvais livre. Je baisse la tête machinalement. Je n'ai plus la force de sourire maintenant. J'ai épuisé mes ressources.

« C'est une sorte de fable entre une panthère et un renard. L'un est la force, l'autre la ruse. Je n'aime pas trop les livres avec un méchant et un gentil. Je veux apprendre aux enfants que le gentil est aussi le méchant et le méchant aussi le gentil... »

Je ravale ma salive. Je ne sais pas m'exprimer à l'oral. Je fronce les sourcils et me retiens de me ronger un ongle.

« D-Désolé ce n'est pas intéressant, surtout si vous êtes un fervent lecteur, monsieur... »

J'ose un regard vers lui. Il est impressionnant – sa voix l'était déjà.

« Mais merci. »
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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 17:19
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Tu prêtes peu d'attention à la réponse qu'il t'offre - à vrai dire, le contenu de son livre ne t'intéresse pas. Si l'idée qu'il thématise te plaît, le format non. Là, toute de suite, c'est ce qu'il est lui, autant dans sa démarche fuyante que dans la retenue de ses pensées, qui attise ta curiosité. Encore faut-il qu'elle ne le soit pas vainement. Encore faut-il qu'il vaille la peine de lui sacrifier de ton temps.

Je suis fervent lecteur, mais je ne dénigre aucun sujet. Tu clos ton bouquin et le poses délicatement à tes côtés. Tu joins tes mains à plat sur tes cuisses, prospectes allègrement son allure. Il transpire le malêtre - d'abord physique, ensuite psychologique. Là réside une partie - supposes-tu - de son charme. Il est facile à lire tout autant qu'il est difficile à déchiffrer.

Seriez-vous souffrant ? Ta question n'a d'interrogative que la formule - tu ne demandes pas, tu constates. Tu te lèves, te courbes à la rencontre de son visage et le détailles. Quel spécimen étrange viens-tu de dénicher ? Tu souris, creusant les rides soulignant tes yeux.

Mesurant la portée de tes gestes, de tel effet qu'ils soient doux - tu apposes l'une de tes mains sur son front dont tu relèves des mèches folles et l'autre sur sa mâchoire dont tu devines l'ossature. Sa peau est moite. Vous êtes fiévreux, je le crains.

Tu romps le contact, recules d'un pas et te tournes à moitié en direction de la rue. Permettez que je vous offre un thé, cela vous fera du bien. À la seule inflexion de ta voix, tu clos toute éventualité de refus. Et tu illustres l'imminence de votre départ en ramenant sous ton bras droit ton ouvrage tandis que du bras gauche tu le pousses en avant sans le toucher.

Quelques pas et silencieuses minutes plus tard, tu ouvres la porte d'un salon de thé aux traits familiers. Tu le connais, si bien que lorsque la tenancière te voit, elle accourt jusqu'à vous. Débordant d'une politesse pompeuse et d'égards flatteurs, comme à son habitude - comme à leur habitude à tous à ton égard.

Vous prenez place à une petite table ronde à l'angle de la salle, collée à la vitrine. Tu t'écrases  grossièrement contre le dossier de ta chaise, le fixes. La foule vous met-elle mal à l'aise Alec ? Son prénom est agréable à prononcer - au moins autant qu'à lire, comme tu as pu le découvrir quelques heures plus tôt sur le panneau célébrant sa venue.

Tu apprécies ta journée, pour la première fois depuis qu'elle a débuté.

Cependant, ton visage n'a de vivant que tes yeux. Mobiles dans leurs orbites creuses, incandescents dans leur contemplation. Dieu sait ce que ton esprit planifie - ce que ta curiosité te réclame. Une serveuse arrive, te ramènes à la réalité. Elle prend vos commandes, s'en va. Et plutôt que de replonger dans les méandres de tes pensées, tu te détends en allongeant tes jambes sous la table.

Plus l'allure est humaine, plus la confiance s'instaure rapidement. N'est-ce pas juste ?


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 18:24
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musique – J'ai essayé de me défaire de son emprise : en vain. Pourtant, il n'y a mis aucune force. Je ne sais pas. Peut-être que son regard m'a happé. C'était une étrange sensation. La même qui m'a titillé au moment où il m'invite – puis-je seulement utiliser ce mot ? Je n'ai même pas eu l'occasion de dire non. Non, je ne veux pas. En vérité, tout ce que je souhaite c'est rentrer à l'hôtel, faire mes valises, vomir, dormir et attendre mon avion pour rentrer à la maison.

Nous sommes désormais, contre mon gré, à l'intérieur d'un salon de thé. Peu de clients aux alentours. J'ose espérer pouvoir respirer mais cet homme dégage de quelque chose d'oppressant. Comme un charognard. Comme un vampire. Oui, c'est ça. Il me fait penser à un vampire. Sa façon de parler soutenue, ses cheveux bien coiffés, propre sur lui, grand lecteur. J'ai l'impression de me faire piéger.
C'est un piège, ça ne peut pas en être autrement ?

Ah. Non. Je m'égare. Je m'étais pourtant juré de ne plus penser de façon aussi paranoïaque.
Je me cale contre le dossier de ma chaise et, je l'avoue, espère fusionner avec elle pour que mon interlocuteur m'oublie. Je n'ai pas envie de répondre à ses questions parce que je ne suis pas d'humeur mais je ne sais que trop bien que, peu importe mon humeur, je finirais toujours par ouvrir la bouche. La foule vous met-elle mal à l'aise Alec ?

Mon regard s'est sans doute un peu assombri. Je lève les yeux vers lui, la bouche entrouverte et je ne décroche pas un mot pendant quelques secondes – peut-être sept. Je secoue discrètement la tête.

« Excusez-moi mais je trouve malpoli que vous m'appeliez par mon nom alors que vous ne m'avez pas présenté le vôtre. »

J'ignore si cela me rassurera davantage si je l'apprends. J'en doute, à vrai dire. Combien de fois ai-je pu entendre mon prénom sortir de la bouche de parfaits inconnus aujourd'hui ?
Je glisse ma main dans mon pantalon et en sort un bonbon mentholé. Je joue avec l'emballage avant de le mettre sous ma langue, espérant que cela fasse partir les nausées.

« Je ne voudrais pas abuser de votre amabilité ni de votre temps, je vous remercie pour... l'invitation. »

Je n'arrive pas à le regarder en face plus d'une dizaine de secondes. Il est impressionnant. Il n'a rien à voir avec moi ni mon entourage. Il doit sans doute appartenir à la haute à en juger par la qualité de ses vêtements. Mais qui suis-je pour juger ?

« Votre commande messieurs. »

Je fais un bond sur ma chaise et manque de tomber. La vendeuse m'a effrayé. Je dois être ridicule. Décidément le voyage ne me réussit pas. Comment puis-je prétendre vouloir vivre à Amenti dès que mes revenus me le permettront ?

Je passe la manche de ma veste sur mon front et en essuie la sueur. Répugnant.

Je n'ose plus le regarder.
Je ne sais pas quoi lui dire.
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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 20:28
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Tu écarquilles très légèrement les yeux, agréablement surpris de lui découvrir l'audace de te reprendre sur ton impolitesse. En dépit de sa flagrante fatigue et de son grand malaise, son esprit fonctionne. Tu croises les jambes, expires longuement.

Je suis impardonnable, mes excuses. Tu souris, sans le quitter du regard. Plus les secondes passent, plus tu captures l'essence de ses yeux - jusqu'à quel point peux-tu le rendre mal à l'aise ? Appelez-moi Armand.

Tu observes la serveuse déposer vos consommations et ne te fais pas prier pour saisir ta tasse de thé noir. Son délicat fumet remonte jusqu'à tes narines, tu feins une appréciation toute en mesure. Il est temps de découvrir la raison de ta curiosité - car elle ne peut évidement se nourrir que de l'expression visible de son malaise et de son visage aux traits de tourments.

Vous n'abusez pas de mon temps. Déclares-tu sobrement après une gorgée de ton thé. Tu te redresses, te penches légèrement en avant. Je vais être honnête avec vous Alec. Tu fermes les yeux, les rouvres sur vos reflets dans la vitrine. Vous m'intriguez.

Tu te trouves fatigué en dépit de tes efforts pour paraître parfaitement impeccable. Ton voyage en train et tes offices à Oranda t'ont affecté plus que tu ne tiens à l'admettre. Je ne sais pas encore pourquoi. Tu le fixes à nouveau. Vous semblez cacher quelque chose, et je ne parle pas de votre malêtre vis à vis de la foule, ni des nausées que vous refoulez tant bien que mal.

Ton sourire s'efface. Tu égouttes ta cuillère sur le rebord de ta tasse, t'essuies la bouche puis sors de la poche de ton veston un paquet de tabac et de feuilles. Sans couper court au silence, tranquillement, tu te roules une cigarette.

Contraste saisissant d'avec ton élégance que de ne pas fumer des industrielles ou des cigares. Reste d'un passé que tu n'as pas réussi, hélas, à totalement enterrer. Tu l'allumes, expires la fumée grisâtre dans une direction vous étant opposée. Vous devez appartenir à la caste Artistique.

Tu jettes un oeil de biais à son sac d'où tu devines la présence de papier et de son dernier bouquin. Êtes-vous heureux à Oranda ? Ses mots te reviennent. Une fable sur la notion de méchanceté et de bien, un renard et une panthère. De prime abord, ce sujet te semble bien ardu pour des enfants de bas âge.

Est-il un rebel ? Il n'en a ni le charisme, ni la prétention. Tu te pinces les lèvres. S'il en était un, serait-ce la raison de ton attrait à son égard ? Tu en doutes. Il émane de lui un mélange de souffrance et de candeur tels que tu n'en as jamais vu. Tu ne demandes qu'à les toucher, qu'à les voir se libérer.

Tu apprécies de plus en plus ta journée.

À dire vrai, il est le plus bel et parfait humain que tu aies rencontré. Il est ce que tu ne seras jamais. Tu as trouvé l'âme antonyme à la tienne.


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 20:53
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musique – Je croque dans ma friandise avant de fixer mon thé. Rien que l'idée de boire quelque chose me donne envie de vomir. Je dois prendre sur moi. Je dois, vraiment, prendre sur moi. Je ne perds pas une seconde et apporte la tasse à mes lèvres, prenant garde à ne pas me brûler. Je suis assez maladroit mais aussi parano, ce qui fait une bonne balance pour me sauver la mise. Parfois. J'ai l'impression que ma bonne étoile m'a quitté aujourd'hui. Je ne suis pas habitué à rencontrer des gens de la sorte.
Ni d'en rencontrer tout court, à vrai dire. Je ne suis pas un fêtard ni un grand bavard, je me complais entre les quatre murs de ma chambre, derrière mon bureau.

Vous m'intriguez.
J'ai failli recracher ma boisson. Je m'empresse de poser la tasse et d'essuyer le coin de ma bouche humide avec le revers de ma main. Je lutte pour ne pas rougir. Je ne suis pas habitué non plus aux compliments, peu importe de qui ils viennent... Mais quand ils sortent de la bouche d'un inconnu, cela a le don de me faire vriller – dans le mauvais sens du terme.

Je ne sais pas à quoi joue ce dit Armand mais cela ne me plaît pas. J'ai comme l'impression qu'il voit en moi des choses que j'ignore. Qu'il me connaît mieux que moi d'un regard. Êtes-vous heureux à Oranda ?
Je n'aime pas cette question non plus. J'ai toujours trop peur d'être franc. La peur que ça traverse les mauvaises oreilles, vous savez.

« Autant qu'ici, je suppose... »

Je préfère le laisser interpréter ma réponse comme bon lui semble. Je n'ai plus soif et si mes nausées sont devenues presque muettes pendant quelques instants, ma tête commence à me tirailler.

« Je risque de vous décevoir. Je ne suis rien de plus que ce que vous avez devant vous. »

Un écrivain et dessinateur pas bien doué, que ça soit pour sa profession que pour interagir. J'attrape un carré de sucre et le trempe à moitié dans le thé. Celui-ci s'infuse doucement. Je reste le fixer. Il se désintègre peu à peu. Merde Alec, c'est pas le moment de te faire happer par des choses aussi stupides.

« Je vis juste dans la crainte d'écrire de mauvais livres. C'est toute ma vie. Je ne pourrai jamais me dévier de cette voie... J'avoue, un peu pensif. Mais ce n'est pas le moment pour des confidences. Vous connaissez Oranda, Armand ? »

Son prénom est plaisant à prononcer, aussi.
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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Mer 6 Juil - 22:06
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Tu l'écoutes sans l'interrompre, plus avide du son incertain de sa voix et de la signification véritable de ses paroles que de leur contenu. Sa sincérité, elle,  t'étonne. Toi qu'il ne connaît ni d'Eve, ni d'Adam, toi et ton allure de loup à l'affût d'un repas. Il ne te flatte pas ni ne cherche à te plaire, à t'impressioner. Quelle jolie franchise.

Ton regard s'anime de cette étincelle si particulière et si propre au mystère que tu entretiens sur ta personne. Si tu devais résumer ce qu'il t'a dit, tu conclurais qu'il n'est ni heureux à Oranda, ni heureux à Zirnitra. Qu'il se laisse porter par la vie, sans prendre le risque d'en être réellement acteur. Ses bouquins, fussent-ils mauvais ou non, semblent lui servir de port d'attache, de paysage d'évasion.

Sa question à ton adresse, ton prénom. Ton sourire s'étire un peu plus. Tu poses tes yeux sur tes mains jointes, fait mine de réfléchir. Je me rends occasionnellement à Oranda pour le travail. Le monticule de sucre fondu au fond de sa tasse a le mérite de te plonger dans tes songes - comme il le fut une minute plus tôt.

Tu te revois parcourant les allées de sa cité, tu sens à nouveau sur toi s'abattre les regards dédaigneux et craintifs des passants. Les plaintes et insultes du rebel maintenu en chaînes par tes hommes. Les félicitations des parlementaires lorsque tu leur rapportes sa capture, son exécution.

L'effluve cireuse de ton thé refroidissant te ramène à toi. Tu délaisses ton monde, aux antipodes du sien. Tu te surprends à trouver apaisante la vision de son visage tordu par la gêne et l'incommodité. De quel livre êtes-vous le plus fier ? Sur quoi porte t-il ?

Ta cigarette tombe en miettes au ras de ta tasse. Tu la balayes d'un revers de serviette. Les minutes défilent. Comment faire en sorte - faute de pouvoir arrêter le temps - d'éterniser votre entrevue ? Il te semble vouloir rentrer au plus vite, ses nausées et son angoisse devant très certainement l'y contraindre.

Mentir, te prétendre médecin et l'amener à ta demeure pour mieux le questionner ensuite ? Non, c'est grossier, indigne. Surtout que tu n'es pas d'humeur à porter un masque, aujourd'hui plus qu'un autre jour. Alors quoi ? Bavarder un quart d'heure puis le laisser filer ?

Tu te pinces les lèvres. Accepteriez-vous de dîner avec moi ce soir Alec ? Tu termines ton thé, scrutes ses iris. Je connais un endroit où nous serions tranquilles. Tu perds ton sourire. À moins que je ne vous mette plus mal à l'aise encore que la foule. Au quel cas, j'en suis désolé. Désolé sans pour autant lui laisser une nouvelle fois la possibilité d'un refus.

Tu feins le dépit, la vulnérabilité, fabuleux acteur et déploies tes jambes en évitant de rencontrer les siennes - en évitant d'outrepasser l'effleurement. Vous me seriez d'une charmante compagnie.



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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Jeu 7 Juil - 14:01
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musique – Il me pose trop de questions.
Me fait trop de propositions. J'ai bien conscience d'être paranoïaque mais ai-je le droit d'être méfiant avec un tel inconnu ? Armand n'inspire rien de bon, quand bien même il persiste à essayer de me sourire, quand bien même il tente de me rassurer, quand bien même il essaye de s'occuper de moi comme si j'étais un chien abandonné sur le bord d'une route.
Le voilà à s'intéresser à mes livres. Je sais qu'ils sont mauvais – ou je suis trop modeste pour me convaincre du contraire. Certains diront que la modestie est belle chez un artiste, elle lui permet de garder la tête sur les épaules mais dans mon cas, j'ai plus la sensation de perdre les boulons et de m'enfoncer dans une sombre dépression. J'écris et je dessine depuis mon plus jeune âge, j'y voyais une simple distraction mais le Conseil y a vu une passion et un don – c'est un mensonge. Je n'ai ni passion, ni don pour ce métier. Si j'ai apprécié un temps l'exercer, aujourd'hui, il m’écœure.

« Je ne suis jamais satisfait de mon travail, vous savez. Et puis, un artiste ne se vend pas. Un commercial peut le faire, oui. Pas un artiste. Je crois. »

Je rattache mon regard à ma tasse de thé, définitivement bien moins déstabilisante que mon interlocuteur. Dîner avec lui ? Je fronce les sourcils, je suis agacé, je ne parviens pas à le cacher. Je ne sais pas si je suis du genre à refuser ou à accepter : on ne m'a jamais véritablement invité de la sorte – sauf quelques amis, ici et là, dans ma jeunesse. Venant d'un parfait inconnu, j'ai de quoi douter. Surtout lorsque l'on sait ce que Zirnitra est vraiment – sans doute la grande sœur démoniaque d'Oranda. Non, j'en suis certain.
Je jette un œil à mon sac. Si je rentre ce soir, je devrais payer mon repas. Je n'ai plus beaucoup d'argent. Mais tout de même, je ne peux pas accepter comme ça...

« Je vous remercie pour l'invitation mais... Mais quoi ? Ai-je une excuse, au moins ? C'est que je reprends mon avion demain. »

Bravo Alec, c'est la pire excuse que tu pouvais sortir.
Je me gratte la tête vivement.

« Enfin. Je veux dire. Okay. Enfin. Oui. Avec plaisir. Je suppose. Du moment que vous ne me posez plus de question sur mes livres. »

Je ris un peu, embarrassé.
Crétin.

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Jeu 7 Juil - 18:17
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Il se défile, se ravise, hésite, acquiesce. Tu le mets mal à l’aise - tu t’en satisfait, flatté d’avoir une première influence, si négative soit-elle, sur lui. Ses confidences demeurent tout de même ce qui t’intrigue le plus. Il semble égaré, perdu dans les propres fils et rouages de sa vie, elle-même perdue parmi les milliard d’autres.

La compassion, la pitié, ne sont pas de ton domaine. Tu n’as nullement le dessein de le prendre sous ton aile, de l’épauler - bien au contraire. Ce qu’il suscite en toi s’apparente à une curiosité quasi scientifique. Ces dernières années, ton indifférence à l’encontre du genre humain s’est changé en triste jalousie. Tu peux être le plus brillant, le plus éloquent, le plus élégant - tu peux être la perfection.

Mais la perfection n’est pas humaine et tout comme elle, tu n’es pas humain. Lui, il l’est presque de trop. À cette seule pensée, tes yeux se voilent d’un soupçon d’amertume. Tu te racles la gorge, arbore un sourire conventionnel. Plus de question sur les livres. Tu pousses ta tasse vide de côté, joint tes mains sur la table.

Son envie de rentrer, de se retrouver seul, te crève les yeux. Il te suffirait de partir, de le laisse aller à ses occupations. Qui es-tu pour te permettre de le contraindre ? Un égoïste et curieux charognard. D’un signe de la main, tu appelles la serveuse et commandes l’addition. Je suis ravi que vous acceptiez. Ton sourire s’étire platement.

Tu payes la note, prends ton manteau, ton bouquin, te lèves. En imposante statue de marbre tu prends séant face à lui. Il n’est pas encore l’heure de dîner. Une marche dans le parc d’à côté, pour se mettre en appétit, est-ce faisable ?

Brièvement tu jettes un oeil à ta montre. La soirée n'a pas encore commencé, fort heureusement pour tes attentes. Tu poses une main sur son épaule, la presse légèrement de telle manière à l'inciter à ouvrir la marche.

Vous sortez - qu'il accepte ou non ne t'importe pas, vous irez dans ce parc. L'air frais te ranime, tu t'en délectes. Peut-être cela calmera t-il également son malêtre. Tu poses tes yeux sur lui, insistant. Qu'auriez-vous voulut être si vous aviez eut le choix Alec ?

Bizarrement, tu n'arrives pas à l'imaginer en dehors du cadre artistique. Un peinture, un grand musicien, un danseur, un acteur... Ses émotions sont si palpables, si belles à voir, qu'un métier n'offrant pas la possibilité de les exprimer n'est pas envisageable.



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musique – Je n'ai même pas le temps de refuser, une nouvelle fois.
J'ai l'impression d'être traîné en laisse. Combien de fois vais-je me sentir obligé de me comparer à un chien à cause de ce type ? Je me sens frustré et complètement honteux à la fois de ne pas avoir la force de m'imposer. Je pensais avoir plus de caractère et un minimum d'amour propre. Je ne suis pas d'un naturel curieux – ce qui explique pourquoi j'ai très peu d'amis... Très peu de connaissances, aussi. Faire la conversation n'est pas dans mes cordes, je finis toujours par bégayer et c'est la raison pour laquelle je choisis l'écriture à la parole – si seulement j'étais né muet...

Nous entreprenons donc notre chemin le long du parc. Je n'arrête pas de me mordre la lèvre. J'ai oublié mes bonbons mentholés dans ma chambre d'hôtel, c'était le dernier qui me restait de la journée. Je suis déjà en manque comme un type qui n'a pas eu sa cigarette avec son café – je déteste pourtant les deux. Je ne comprends pas l'addiction à la nicotine à vrai dire et la plupart des personnes qui fument sont dans le même cas. Je crois. D'ailleurs en parlant de cigarette, Armand en a roulé une tout à l'heure. Je m'attendais plus à le voir sortir une.. Comment ils appellent ça ? Industrielle, il me semble. Oui, une industrielle. Comme quoi l'habit ne fait pas le moine.

Je me suis tellement perdu dans mes pensées que je n'ai pas songer à faire la conversation, quel piètre invité je fais. Mon futur hôte s'y attelle pour la énième fois cet après-midi. Qu'aurais-je voulu être si j'en avais eu le choix ? Eh bien...

« Libre. »

Merde.
J'ai pensé tout haut.

Mes pommettes virent au rose, ce n'est pas vraiment de la gêne mais plutôt de l'angoisse : et si ce type était un espion ? Je risquerai gros.
Je ne trouve même pas d'excuse, ni un moyen de rebondir pour me sauver la mise. À la place, je fixe droit devant moi, distrait.

« Et que faites-vous dans la vie pour avoir le temps de vous pavaner avec un parfait inconnu comme moi ? »

Non pas pas que cela m'intéresse.
En fait, peu m'importe. Mais je suis poli et qui sait, il me répondra peut-être franchement et cela pourrait essuyer tous mes doutes.

« Si ce n'est pas indis- »

Splash.
Splash ?
Je baisse mon regard et – ah, merde. J'ai marché dans une flaque d'eau. Jusqu'à la cheville ! Charmant ! Je pousse un soupir d'exaspération.

« Je suis désolé je suis catastrophique. Enfin, ça ne m'arrive pas tout le temps mais c'était une dure journée... »

Je m'octroie le droit de rire un peu, tentant d'évacuer l'embarras tant bien que mal.

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Jeu 7 Juil - 21:09
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Tu souris à pleine dents, trop heureux de le voir perdre le contrôle de ses paroles - ou du moins, de leur véracité. Elles sont dangereuses, elles peuvent lui coûter cher. Si tant est, bien sûr, que tu appliques les effets de ton rôle. La liberté. C’est un mot que l’homme a tendance à valoriser, à idéaliser. C’est un mot que tu trouves aussi fades que tous les autres. Il n’a pas de saveur, pas de valeur. Le sens qu’il porte est à son égal.

Cruauté, quel mot a plus de beauté ? Tu balaies d’un battement de cil tes songes. Tes prunelles dévorent sa nuque tandis que tu ralentis d’un pas ta marche. Le voir se mouver a ça de fascinant qu’il est aussi maladroit que ses expressions le sont. Vraiment, tu te délectes. Qui ne souhaite pas être libre ? Tu déclares, empruntant le ton d’un rêveur.

Les lampadaires s’allument les uns après les autres, annonçant le soir. Tu te cales à nouveau sur son rythme, passes une main dans ta chevelure. Sa question a le mérite de te déranger car elle te pose devant un dilemme. Lui mentir ou lui dire la vérité et risquer de l’effrayer davantage ? Tu hésites, te racles silencieusement la gorge. Je suis le chef des services secrets de Zirnitra.

La curiosité de savoir de quelle manière il réagira l’a emporté sur une logique plus raisonnable. Quoique ? Rassurez-vous, je ne suis pas en service et ne compte pas l’être en votre compagnie. Quoique tu as cédé. Tu l’as immédiatement rassuré. T’humaniserait-il ? Non. C’est toujours ton égoïsme qui parle. S’il détale, s’il te fuit, tu seras frustré.

Il marche dans une flaque d’eau, se fustige sans doute d’insultes intérieurement. Son air penaud te plaît. Tu t’amuses presque de sa bavure. Sans compter que, sans qu’il le veuille, il vient de t’offrir une occasion en or d’approfondir ton examen scientifique. Tes traits miment un air peiné. Vous êtes déjà mal en point, si en plus vous tombez malade… Alec, il serait avisé que nous passions chez vous afin que vous puissiez changer de pantalon avant de se rendre au dîner, non ?

Tu poses tes mains sur ses épaules, te penches en avant. Tu es proche, tu sens son souffle. D’ailleurs, vos nausées, qu’en est-il ? Tes yeux le détailles comme si son visage cachait la réponse à ta question. Quelques secondes s’écoulent. Tu t’écartes.

Tu sors ton téléphone portable - luxe que seule l’élite s’octroie. Une marque de plus de ta différence. Quelque part, en cet instant précis, cela t’incommode d’être différent. Sans attendre un accord ou un refus, tu appelles ton chauffeur et lui intimes de venir vous chercher. Lorsque tu raccroches, tu oses un regard inquiet à son encontre.

Non pas que tu t’inquiètes de son état - une flaque n’a jamais tué un homme aux dernières nouvelles - mais plutôt de savoir s’il te résistera ou s’il se laissera faire. Qu’importe, tu ne le lâcheras pas.



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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Jeu 7 Juil - 22:26
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musique – Je manque de faire une syncope. Chef des services secrets, c'est une blague ?! Je me fige un instant, incapable de décrocher un mot ni mon regard du sien – Dieu sait pourtant que je devrais. La situation dans laquelle je me mets m'inquiète. Mon cœur bat à tout rompre et je regrette déjà d'avoir accepté l'invitation par pure politesse. On aurait dû m'apprendre à vivre avec un cœur de pierre, je suis certain que cela m'aurait évité des situations pareilles.
Je n'ai pas intérêt à en parler à mon retour, sinon ma famille risquerait de s'inquiéter et j'imagine déjà ma mère pleurer au téléphone.

J'avale lourdement ma salive, oubliant même que je suis trempé jusqu'à la cheville. Mes mains se cachent machinalement dans les manches de ma veste en piteux état elle aussi. Je ne sais plus quoi faire ni quoi dire, ni de quoi avoir l'air. Je me doutais qu'il faisait partie de la haute société mais je n'étais pas prêt à le découvrir à un poste aussi... Aussi grand.

Je n'ai pas réussi à répondre à ses autres questions. Je suis resté le fixer pendant d'interminables minutes – si seulement je m'en étais rendu compte...
La voiture arrive et les portes s'ouvrent. Je devrai partir, prendre mes jambes à mon cou et le remercier. Lui dire adieu, qu'on ne se reverra jamais. Mais mes jambes me guident jusqu'aux sièges à l'arrière et je m'y assied. Je suis totalement prisonnier. Cette sensation est effrayante. Je n'ai même pas fait attention à mes chaussures sales en rentrant. L'intérieur est vraiment propre. Pas comme la mienne qui peine des fois à dérouler.

Je crois mes bras, secoue une de mes jambes par angoisse. Enfin, je me reprends. Je suis un adulte, merde.

« Je pense que même si vous étiez en service vous ne me le diriez pas, de toute manière. »

J'ose un regard en sa direction alors que le chauffeur prend la route vers une destination inconnue. J'ai le cœur qui bat la chamade et mes nausées reviennent aussitôt.

« S'il vous plaît, j'imagine que cela ne part pas d'un mauvais sentiment mais pourriez-vous ne pas me couver ? Je peine à cacher mon agacement. C'est vrai. Maintenant que j'y pense, cela m'énerve. Je ne suis pas en sucre. J'ai, certes, quelques petits problèmes de maladresse mais de là à faire tout ça... Je ne pense pas que ça soit nécessaire. »

Je ne parviens pas non plus à m'empêcher de rire. Mon coude se repose contre le rebord de la vitre et fixe le paysage défiler. Zirnitra a beau se prétendre belle, je la trouve triste, cette cité.

« Cette situation est délirante de mon point de vue, si vous saviez... Je me ravise aussitôt, perd mon sourire et le regarde un peu paniqué. Mais je ne me moque pas de vous. »

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Jeu 7 Juil - 23:07
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Force est de constater que tu obtiens gain de cause. Cela te surprend. Il reste, il te suit. N’a t-il aucun instinct de survie ? Car tu doutes que ce soit la peur qui l’incite à agir. Un automatisme, une curiosité refoulée ? Tu n’arrives pas à le savoir, tu ne peux pas le lire. Cela te frustre de la manière la plus agréable qui soit.

Tu prends tes aises dans le cuir des sièges, croises tes jambes, le fixes. Plus de faux-semblant à venir, il mérite que ta franchise à son égard perdure. Sa remarque elle-même en dit long - à quoi bon jouer la bonne âme couveuse, si de base ce n'est qu'un mensonge. Tu souris, regardes le flou des paysages défiler au travers de la vitre.

Il s'excuse maintenant. Mais quel étrange énergumène t'es-tu déniché. Qui s'excuserait de vouloir te ridiculiser ? Le fait de le faire apparaîtrait déjà comme un aveu de l'avoir fait. Intérieurement, tu ris. Il t'amuse, au sens le plus mélioratif du terme.

Alec, je tiens à vous garder auprès de moi pour la soirée. Tu appuies sur un bouton au-dessous de ton accoudoir et une légère mélodie jazzy aux consonances d'antan découle dans l'air. Votre état de santé ne me préoccupe pas - sauf s'il en vient à vous empêcher de poursuivre notre entrevue.

Tu inclines légèrement la tête à sa rencontre, ton sourire s'élargit. Je ne vous couverais plus. Qu'importe si tu l'effraies à présent qu'il est entre tes griffes. Tu abaisses la glace teintée te séparant de l'habitacle du chauffeur, lui indiques la direction à prendre.

Finalement, vous irez dîner chez toi.

***

Le trajet ne dura pas longtemps et fut silencieux que de vos paroles, la musique ayant servie de décors tout le long. Ton chauffeur ouvre la porte et tu prends son relais en invitant ton hôte à sortir. Sans découdre tes lèvres, impassible, tu le pousses d'une main dans son dos à pénétrer l'enceinte grillagée de ton manoir.

Tu refermes la porte de bois massif derrière vous et t'offres le luxe de soupirer d'aise. Tu n'étais pas revenu depuis trois semaines. Trois semaines qui t'ont parues un siècle. Deux domestiques arrivent et tu les congédies aussitôt.

Tu le défais de son manteau, du tiens, les poses sur le meuble d'accueil et l'incites à te suivre jusqu'au salon. Asseyez-vous. Tu invites, tu ordonnes. Tu disparais un instant et reviens avec une serviette, deux verres et une bouteille de vin. Séchez vos pieds.

Tu ouvres ta cuvée, un bourgogne millésime de 196 ; remplis méticuleusement vos coupes puis lui en tends une avant d'allumer ton gramophone - tu ne peux pas te passer de musique. Tu t'assois en face de lui. Avez-vous peur de moi Alec ? Tes prunelles sont mordantes, au contraire de ta voix, calme et feutrée.


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Jeu 7 Juil - 23:39
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musique – Un manoir, rien que ça.
Je veux retourner en arrière. J'ai appris à mes dépends qu'on ne peut jamais réparer ses erreurs. Elles seront toujours là, des cicatrices pour vous le rappeler ou des petits pics ici et là lorsque vous vous y attendez le moins. Si j'avais su, je ne serai jamais rentré chez Armand. Car depuis ce jour, tout a changé.

Je regarde autour de moi. Je me sens sale. Idiot. Ridiculement petit. Mon hôte n'est pourtant pas monstrueusement grand mais sa droiture le rend parfait dans le décor : il s'y confond presque. Je ne suis pas habitué. Je ne les vois que dans ma tête, ces manoirs. J'y mets des des dragons, des vampires et des fantômes – des méchants pour des histoires d'Halloween. Quel genre de monstre est Armand, alors ? J'ai beau le regarder, il pourrait rentrer dans toutes les races possibles et imaginables. Je n'ai jamais aimé de tels bâtisses. Des pièces immenses dans lesquelles on peut y entendre ses pas résonner jusqu'à l'étage, des meubles toujours entretenus et choisis avec soin... Mais qui suis-je pour juger ?

Je prends place sur le canapé et m’exécute. J'ai froid aux pieds, maintenant, c'est vrai. Je le remercie d'un hochement de tête et commence ma maigre toilette. Avez-vous peur de moi, Alec ? Sans quitter mes orteils des yeux, je réponds :

« Voyons... Vous êtes un parfait inconnu, chef des services secrets dans cette grande cité qu'est Zirnitra, vous avouez que je vous intrigue énormément, vous m'invitez à boire, vous souciez de moi, vous m'invitez à manger et à rentrer dans votre manoir... Et ce canapé est plus grand que mon lit. »

Je ris nerveusement. J'ai les pieds rouges à force de frotter. Je dois apprendre à contrôler mes émotions. Serais-je énervé ? Un peu. Je n'aime pas paraître fétiche face à des personnages comme Armand. Et pourtant, j'échoue toujours.

Je finis par terminer ma tâche et m'attelle à la beuverie. Je n'y connais rien en vin. Je vais faire semblant d'apprécier.

« Est-ce que je vous amuse ? Je fini par hausser un sourcil. Si j'étais à votre place, je le serai. »

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 9:39
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Tu te lèves tout en terminant ton verre de vin. Tu ne perds pas une miette de ce qu'il t'avoue, de ce qu'il te dit sous couvert de cette ironie sage et honnête. Tu changes le disque sur le gramophone, ouvre ton armoire à liqueurs dont le premier étage est réservé aux apéritifs.

Olives de Grèce, tomates séchées à l'estragon ou cressons au thym ? Tu hésites. Lorsqu'il s'agit de tout ce qui est extérieur aux relations humaines, à comprendre donc la musique, la nourriture, l'art de vivre en général... Tu te mets un point d'honneur à être parfait.

Ce seront les cressons au thym et les tomates séchées. Tu disposes une coupole de verre noir au centre de la table basse puis, sans plus le quitter des yeux, te rassois. M'amuser ? Tu souris, étonné qu'il l'ait remarqué - sans pour autant le comprendre, tu supposes.

Oui. Tu remplis une seconde fois ton verre, admires la robe aux reflets carmin tournoyer sous la direction de ta main. Pas de manière humoristique en revanche. Tu poses à nouveau tes yeux sur lui. Vous m'amusez de votre parfaite humanité. Ton sourire s'élargit quelque peu.

Comment lui expliquer ta vision des choses sans faire part de ta jalousie et de ta frustration de ne pas pouvoir être ce qu'il est ? Vos réactions sont intéressantes et votre franchise me plaît. Tu t'appuies sur tes cuisses, te penches légèrement en avant.

Vous me plaisez Alec. Tu reprends ta position droite, croises une jambe sur l'autre. Il n'y a pas à allouer à ces mots un sens primaire ou physique. Non. Ce genre de choses est désuet à tes yeux.

Avant que tu ne puisses te rouler une cigarette, une domestique arrive. Elle t'annonce que la table est dressée et que le dîner est prêt. Tu acquiesces, la congédies et t'en vas lever ton hôte. Tu l'invites à te suivre jusqu'à la salle à manger.

Plutôt que de prendre place à ton siège coutumier en bout de table, tu choisis de t'asseoir en face de lui. Ton maître d'hôtel arrive, les entrées en main et vous les déposes sans un bruit sous vos yeux. Salade estivale aux gambas marinées au miel et au citron, vous annonce t-il solennellement.

Tu cuisines rarement - n'appréciant étonnement pas cela en dépit de ton appétence pour la haute gastronomie. La pendule vous jouxtant sonne vingt heures. Tu cherches ses prunelles, les captures. Si je puis me permettre... Quel sentiment je vous inspire ? Étonnez moi encore, fascinez moi encore Alec.


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 11:52
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musique – J'ignore comment prendre sa réponse. Quelque part, j'aurais préféré qu'il me mente, me dise que non. De l'autre, je suis plutôt satisfait de le savoir franc pour un chef des services secrets – mais loin de moi l'idée de chercher à lui faire confiance, peu importe toutes les vérités qu'il soulignera au long du repas. Je ne suis pas certain de comprendre ce qui l'amuse chez moi – ma parfaite humanité ? Ne suis-je pas un banal être humain ? Je suppose que la banalité pour un homme de ce statut doit représenter une vraie curiosité. J'ai l'impression d'être un monstre de freak show, quelque chose qu'on mettrait bien dans ses étagères et qu'on regarderait ni avec dégoût ni avec admiration : plus avec fascination.

Vous me plaisez Alec. Mon visage a reculé machinalement. Je ne supporte pas qu'un homme se mette aussi proche de moi. Je me sens tellement vulnérable que j'en ai les mots bloqués dans la gorge. J'ignore ce qu'il attend de moi mais peut-être devrais-je lui préciser que je ne suis pas de ce bord... Imbécile Alec. Imbécile.

Je le suis jusqu'à la table, m'abstenant de faire un nouveau commentaire sur la grandeur des lieux. Je suis dans un manoir, pourquoi cela m'étonne-t-il franchement ? Je regarde les assiettes dressées, elles sont incroyablement belles et l'argenterie n'est sûrement pas ce qui coûte le plus cher sous mes yeux. Je me sens presque mal de manger ça alors que j'ai le pantalon à moitié trempé et l'air d'un chien errant. Quel sentiment je vous inspire ?

« Le même que celui que j'ai ressenti lorsque j'ai vu Nosferatu sortir du bateau avec ses rats. Je relève mon nez vers lui. De l'inquiétude. »

Et je parviens à deviner que ma réponse lui plaît déjà.
Je ne sais pas si je dois commencer à manger. Je reste regarder mon plat sans insistance pour reposer mon attention sur mon hôte, tant bien que mal.

« Je me disais... Que vous ne deviez pas avoir pour habitude de côtoyer des personnes aussi modestes que moi. C'est sans doute pour ça que mon humanité vous fascine mais croyez-moi, la plupart des gens de mon rang sont pareils. Je ris. Je n'ai rien d'original monsieur. »

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 12:46
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Tu dégustes tranquillement ton assiette tout en t’octroyant le privilège de le fixer avec insistance. Il y a de quoi le mettre mal à l’aise et pourtant, il ne change pas de comportement. Ce n’est pas faute de te révéler que tu lui rappelles Nosferatu, ce que tu trouves irrésistiblement flatteur. Tu souris largement, dévoilant à moitié tes dents.

J’aurais aimé être une créature de Bram Stoker. Tu termines ton entrée, termines ton verre et adoptes une position plus introspective : mains croisées sur la table, tête légèrement inclinée en avant. L’inquiétude est un état d’âme noble, je vous en remercie.

Après quoi, tu sors ton paquet de tabac et te roules tranquillement une cigarette. Tandis qu’il se dévalorise - encore une fois - à se placer d’égal à égal avec le commun des mortels, tu l’allumes. Les filets grisâtres et volubiles dansent au dessus de vous. Tu perds ton sourire.

Vous êtes original. Il n’y a rien à ajouter, rien à contester. Tes mots sont un glas, le tranchant d’une épée. La domestique arrive, débarrasse la table. Tu inspires longuement, tes traits se détendent, ta stature s’assouplie. Avec plus de légèreté, tu entames un autre angle de discussion. Angle qui, en l’occurence, fut savamment préparé et réfléchi.

Sauriez-vous être pédagogue Alec ? Tu observes le maître d'hôtel faire sa seconde apparition, apporter le plat principal. D'une certaine manière, tu l'avais déjà. Il est là, devant toi. Reste à savoir comment le déguster.

J'aimerais que vous m'enseigniez l'art d'être un humain. Tu pourrais rire, tu devrais rire. Ta demande a tout d'une réplique d'une pièce de vaudeville. Il n'empêche qu'elle est sincère. Tu tiens à te divertir davantage et, au delà de cet aspect simpliste, tu tiens à te glisser dans une nouvelle peau.

Tu peux être impitoyable et cruel, ingénieux et clairvoyant. Chaleureux, enjoué ou maladroit ? Non. Là est ton malheur - non pas qu'un coeur te manque, son absence t'est au contraire appréciable - tu veux simplement pourvoir te flatter d'endosser n'importe quel masque.

Tu termines ta cigarette, l'écrases sèchement dans le cendrier de marbre trônant entre vous. J'aimerais que vous me serviez de guide dans le banal et le commun. Comme un touriste s'offre les expertises du conservateur dans un musée pour connaître le récit de telle et telle oeuvre.

Un autre désir, une autre raison, se cachent sous ta requête. Tu tiens à ouvrir son esprit, à inspecter le moindre centimètre carré de sa cervelle, à disséquer ses pensées. S’il devient ton chien d’aveugle dans le monde - quelle meilleure ouverture, quelle meilleure occasion pour l’étudier de plus près ?


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 13:17
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musique – Je n'aime pas les compliments. Je les déteste. J'aimerais savoir y répondre et adopter la bonne attitude mais je n'y arrive pas. Je me dois d'esquiver son regard, manger calmement, l'ignorer en somme. Je me suis toujours trouvé d'un banal ennuyant – l'originalité ne m'a jamais frappé et je suis étonné qu'il me considère de la sorte. Encore une fois, je suis prêt à parier que je peux remettre la faute sur son statut haut placé qui l'empêche de voir ce que c'est, que d'être comme moi.

Je suis, en revanche, un peu surpris par les questions qui suivirent l'arrivée du plat de résistance. Je ne me concentre même plus sur la nourriture dont la fumée remonte jusqu'à mes narines. J'ai l'impression de me retrouver dans un film traitant de monstres et humains. Je ne crois pas en ce genre de chose, je suis plutôt rationnel par rapport à mes écrits fantastiques. C'est vrai que j'aime les mondes uniques dans ce genre mais je me fie à la science dans la vie de tous les jours. Je ne peux pas m'empêcher de soupirer.

« Nous sommes tous humains. Je pose mes couverts et lève les yeux vers lui. Nous avons juste suivi différents chemins. »

Je n'aime pas cette façon qu'on les sociopathes à prétendre avoir un monstre qui hurle en eux, comme si cela pouvait les excuser de leur comportement. Non, ce sont des êtres humains avec des vices, qui ont emprunté la voie la plus sombre possible, rien de plus. Je n'excuserai jamais ces personnages pour leur pseudo démence. Serais-je en train de comparer mon hôte à eux ? Je l'ignore.

« Et si vous preniez un peu moins d'argent dans vos poches quand vous sortez ? Si vous viviez dans un petit appartement en plein centre ville, que vous payiez vos impôts en vous questionnant si vous allez avoir assez pour faire les courses pour votre famille à la fin du mois ? Et si vous deviez faire attention à ne pas dépenser trop d'eau chaude ni trop de gaz l'hiver ? Et si, à votre lieu de travail, votre patron passait votre temps à vous menacer de vous virer si vous n’accélérer pas la cadence ? »

J'ai pris mon air le plus détestable sans le vouloir. Je me mord la lèvre et baisse le regard une nouvelle. Je ne sais pas si je dois m'excuser. Je lui parle comme si je le détestais mais ce n'est pas le cas. Je ne ressens rien de spécial à son égard. Ni même de la curiosité ou de la sympathie : un gigantesque rien. Je suis un peu jaloux de voir que parmi les gens comme moi, il existe une petite minorité qui peut vivre sans se soucier de dépenser. Moi, à chaque craquage, je me remets en question. Quand je dois acheter des cadeaux pour ma nièce, je dois y repenser à deux fois.

« C'est ça le banal et le commun, comme vous dites. Ca ne fait pas rêver. »

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 15:56
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Il semble que tu aies réussi à l’énerver - enfin ? pourrais-tu souffler plutôt que de sourire à dessein. Tu n’es pas homme à te laisser aisément vexer. Plutôt que de t’énerver de le voir te comparer à un sot cherchant la banalité car trop riche et trop puissant - à un incapable gâté ne pouvant de lui-même parcourir les rues, porter des habits communs et faire attention à son porte-monnaie … Tu songes.

Tu songes à la manière de le ferrer. Tu as pêché quelques fois dans ta jeunesse - le père d’Evangeline était un grand passionné de ce sport. Dès qu’il le pouvait, il t’emmenait sur les grands lacs du Nord. À l’époque, tu ne pouvais pas comprendre pourquoi il était si mordu. Quel est l’intérêt de remonter une truite ? Un saumon ? Tu as mis des années à étudier la question pour finalement lui trouver une réponse concluante.

La résumer de manière grossière revient à dire que : la prise est savoureuse si, et seulement si, la pêche fut difficile. Tu souris de plus bel, balaies tes élucubrations et métaphores. Tu le toises. Nous ne nous comprenons pas visiblement. Tu entames ton assiette avec une élégance froide. La viande est goûteuse. Pas encore.

Quel leurre mettre au bout de ta canne ? En faut-il seulement un ou la patience et l’observation suffiront ? Tu te racles la gorge, réajustes ta cravate. La musique change de tons - du jazz au classique, et tes yeux changent une énième fois d’étincelle - de l’analyse à la cruauté. Je vous indiffère Alec - j’aurais préféré que vous me méprisiez ou me fuiriez.

Tu mastiques tes bouchées avec verve, finis ton verre de vin sur une même égalité. Ce n’est pas par ce que tu ne te considères pas humain que tu te considères monstre et horreur. Tu ne te considères pas, voilà tout. Et tandis que tu ordonnes d’un geste du doigt la servante tapie dans l’ombre de la salle de débarrasser tes couverts, la pendule sonne vingt et une heure.

Mais soit. Tu reprends, intangible gargouille veillant sur la cathédrale de son orgueil. Gardez-vous de changer d’avis, ne me valorisez pas ni ne me dévalorisez. Tu entreprends de te rouler une autre cigarette, te défais de son regard. Je doute d’ailleurs que votre esprit ait les capacités de supporter un intérêt à mon égard.

Tu t’appliques, enroules la feuille sur le tabac avec minutie. Au moins puis-je en tirer la satisfaction d’agir comme bon me semble. L'indifférence est une épreuve. Le succès est une épreuve que l'on réserve à ceux que l'indifférence n'a pas su tuer. Tu l’allumes, tires une première bouffée. Tu le jauges avec recul.

Une minute s’écoule et tu retrouves la mobilité de tes muscles. Tu t’affaisses nonchalamment dans le dossier de ta chaise, soupires d’aise. Vous répondiez tout à l’heure, lorsque je vous ai posé une certaine question, Liberté. Tes jambes s’allongent, ton ombre aussi - tu envahis l’espace. Êtes-vous trop lâche pour prendre la fuite et vivre votre vie ou un quelconque attachement banal et commun, de l’ordre de la famille, du travail ou de l'amitié, vous enchaîne à Oranda ?


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 16:31
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musique – Il me semble l'avoir vexé. Je crois. Je fronce les sourcils et le regarde, curieux de savoir quelle va être sa prochaine réaction. Mais il vacille de temps à autre, garde son calme. Pourtant ses mots sont armés de rasoirs aiguisés. Je ne peux pas nier que ça fait mal. Je suis vexé, moi aussi. Mais je ne suis pas un menteur, un manipulateur et encore moins un homme fier. Je suis tout le contraire, à vrai dire. Pas bien courageux, pas bien malin – ou seulement de temps en temps.
Je suis cependant étonné d'avoir réussi à le regarder droit dans les yeux tout le long, c'est pourtant quelque chose qui me met incroyablement mal à l'aise.
Il est vexé, j'en suis certain. C'est à peine palpable, mais c'est tout de même là. Il aura beau prôner l'indifférence et continuer à me parler aussi doucement, cela ne me convaincra pas davantage. En revanche, je ne préfère pas remuer le couteau dans la plaie. Je me méfie encore trop de lui pour me permettre de tels égards. Je ne dois pas oublier qui m'a invité à sa table.

« Oui. »

Je réponds sans hésiter et sans honte – Dieu sait pourtant combien je le suis. Mon air semble plus exaspéré, embêté que honteux. Je perds ma droiture et me cale dans le fond de ma chaise à mon tour. J'attrape le couteau jouxtant mon assiette. Je me regarde dans sa lame. Je suis pathétique. J'en ai le regard.

« Je suis terriblement lâche. Silence. Mais à côté de ça il y a des choses aussi merveilleuses que la liberté qui peuvent me consoler. Je prend un ton plus distrait. Je ne cligne plus des yeux. J'ai des amis, une famille... Quelqu'un que j'aime. »

Je ne souris pas, mais je ne cache pas être gêné. Je ne suis pas expansif quand j'aime les gens, leur dire est toute une épreuve mais le prouver est tout mon art. Je passe ma langue sur mes lèvres et reprend :

« Même la pire des dictatures ne pourra entraver le bonheur que procure l'amour. »

Je souris un peu, convaincu par mes mots. Ils pourraient sonner creux s'ils ne venaient pas de moi, je suppose.

« Vous vivez seul avec vos domestiques ? »

Parce que la solitude émane de vous, Armand.

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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 17:16
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Tu l’observes se dépatouiller entre gêne, naïveté et audace. Il ne quitte pas ton regard - et tu dois lui concéder une certaine force. Or tout s’écroule dès lors qu’il alloue à l’amour, la gloire, la grandeur et la puissance. Pourquoi diable l’Homme s’échine toujours à rechercher ce sentiment ? À le placer au dessus des autres, à le voir comme un étendard contre la barbarie et la solitude…

Tu soupires, poses tes yeux sur un point flou devant toi sans y porter de l’attention. Vous me décevez. Je suppose que je pouvais m’y attendre tout compte fait ? N’est-ce pas l’amour qui triomphe toujours dans les contes ? Tu ris à mi voix et ton rire n’a aucune couleur, aucune saveur.

Ce sont des boniments. Ce n’est pas que tu rejettes l’amour, ce n’est pas que tu le désires : il t’indiffère. Tu pourrais le placer à l’égal d’un object de décoration, désuet mais joli. L’as-tu un jour éprouvé ? Peut-être. Tu n’en es pas certain. Vous échangez une dictature contre une autre Alec. Enfin, c’est votre choix. Tes mains glissent sur le bois lisse de la table, tu te lèves.

Sans prononcer un mot, tu t’en vas jusqu’au buffet vaisselier d’où tu sors une coupole de chocolat noir. Tu la disposes sur la table, en profite pour chercher une autre bouteille de vin. Tu te rassois, remplis vos verres respectifs. Sa question quant à ton statut - quoiqu’il en ait fait davantage un constat - te ramène contre ton gré face au visage d’Evangeline.

Tu soupires - tu es las de savoir que sa présence n’a pas quitté ton esprit, quand bien même tout bon sentiment l’a fait. Elle te hante comme elle hante à loisir ces lieux. Combien de fois l’as-tu retrouvé à t’attendre assise à cette même table, un verre en mains, du venin aux lèvres.

Je vis seul lorsque la chance me sourit. Tu savoures ton Côte Rôtie 1974 - ta cuvé favorite. Elle a le mérite de te détendre. Mon ex-femme me rend souvent visite. Tu poses tes yeux sur lui, retrouves de ta prestance, éludes d’un sourire condescendant toutes possibles répliques et questions sur le même sujet.

Êtes-vous marié à ce quelqu’un que j’aime Alec ? Tu l’imagines en époux aimant, tendre et maladroit - le parfait portrait des héros de romans d’amour que pourraient écrire Jane Austen ou Charlotte Brontë. Tu l’imagines en amant transit ; un amant rêveur, un amant au coeur large comme un océan.

Et quel genre de femme pour ce genre d’homme ? Tes prunelles le percent, le dissèquent. Une gentille fille dont les préoccupations seraient le bonheur et la liberté, une vie de famille comblée. Une fille reflétant parfaitement sa personne, sans doute ? Voilà de la banalité. Voilà du commun. Tu te pinces les lèvres.

Il se gâche - si tant est qu’il soit tel que tu viens de te l’imaginer. Tu pourrais le rendre plus beau, tellement plus beau.


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 17:44
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musique – Je m'attendais à une réaction de ce type et pourtant, elle m'agace. Je n'aime pas les personnes qui se permettent de lever les yeux au ciel quand on leur dit qu'on aime et que, oui, cela nous rend heureux. Où est le mal d'aimer lorsque le monde est en train de s’entre-tuer ? Je trouve ça magnifique moi. Je suis naïf. Je le sais. Mais j'ai tendance à ne pas vouloir me défaire de cette idée.

Je ne suis pas non plus étonné à le savoir marié autrefois. Il est beau, riche, propre. N'importe quelle femme aurait cédé à la tentation. Si j'en avais été une, je suppose que j'en aurais fait tout autant. Mais Dieu merci, je n'en suis pas une.
J'entame mon nouveau verre de vin. Je ne tiens pas bien l'alcool, je sens déjà le bout de mes oreilles chauffer. Je ferme les yeux un instant pour empêcher mon crâne de tanguer un peu plus. Je vais encore avoir la nausée si ça continue.

« Non. Elle ne m'a même pas remarqué, je pense. Je vis encore comme un adolescent. Je ris de moi. De toute manière, m'engager ne m'intéresse pas vraiment. »

Je regarde le mur, pensif. J'ai beau rêvé d'amour et de famille, je n'arrive pas à concevoir que je puisse créer la mienne à mon tour. J'aime vivre avec ma sœur et ma nièce, les savoir ensemble me réchauffe le cœur et je n'estime pas avoir besoin d'une autre femme pour partager ma vie, quand bien même je suis amoureux et quand bien même je la désire. J'aime ce sentiment de distance, étrangement.

« Je conçois pouvoir décevoir. Mais c'est tout ce qu'il y a de plus commun chez les êtres humains. »

Je le provoque, je l'avoue. Il dégage une aura qui ne me plaît guère. Ce type ne m'est pas sympathique et je me sens obligé de le lui montrer. Je ne me sens malpoli. Vraiment.

« Ne dénigrez pas ce qui rend un Homme heureux. Comme lui n'a pas à dénigrer ce qui vous rend heureux. Quelles que soient vos passions. Je souris doucement. Vous savez ce qui m'anime ? Voir des gens passionnés. »

Qu'y-a-t-il de plus beau qu'un peintre dansant autour de sa toile, un lecteur dévorer son livre en seulement une heure, un parent cuisiner avec amour pour lui et pour sa famille, un écrivain souriant à ses propres phrases ?

« Je serai bien curieux de connaître vos passions mais si vous voulez bien m'excuser... J'ai besoin d'aller aux toilettes. »

Je n'attends pas son accord, je me presse jusqu'à l'extérieur de la pièce. Devant la porte, un domestique m'indique la direction à prendre. Je tourne la droite, termine ma course devant une petite salle de bain jouxtant de grands escaliers. Je ferme la porte derrière moi. Tout est propre. Je me sens encore mal de devoir tout salir. Je me penche au-dessus du lavabo. Je me vois dans le miroir en piteux état. Ridicule. Je souffle, agacé par ma propre allure. J'ai chaud. J'ai froid. J'ai mal au ventre. Je vomis. Je tremble. Merde. J'allume le robinet et passe un coup d'eau sur mon visage. J'espère au moins que cela aura le mérite de me remettre sur pied pour le reste de la soirée.

Après avoir coupé l'eau et nettoyé mes ravages, je quitte la pièce et m'apprête à retrouver mon hôte mais mes jambes se figent dès que je suis face aux escaliers. La curiosité est un vilain défaut. Je ne suis pas vraiment curieux mais... Que peut-il bien y avoir en haut ?
Sans en avoir conscience, je monte les marches à pas de loup. Il fait beaucoup plus sombre mais beaucoup plus chaud qu'en bas. Je ne me souviens plus exactement du chemin que j'ai pris à la suite du grand couloir qui s'offrait à moi. Mais je sais que je n'aurais jamais dû ouvrir cette porte.

Mes nausées reviennent de plus belle, ma respiration s'accélère et j'ai les iris dilatés. Pourquoi a-t-il des squelettes humains dans une pièce exposition ? Je ne parviens pas à partir, partagé entre la peur, la fascination et le dégoût. Je devrai repartir, je devrai...
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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 18:46
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Il se permet de te contredire, ce à quoi tu t’attendais. Ses arguments sont valables, sa vision juste. Pourquoi dénigrer ce qui rend autrui heureux ? Tu n’es justement pas autrui pour juger. Quand bien même, ces badinages sur fond d’espoir et la candeur qu’on alloue à l’amour te fatiguent.

Tu le toises, cherchant à comprendre pourquoi, avec verve, il se raccroche à ses idées. Son éloquence t’apparaît davantage plus belle lorsqu’il évoque son goût pour les gens passionnés - bien que tu te doutes que dans sa bouche la  passion ne garde que le melleur et chasse le mal.

Tu perçois un léger vacillement dans ses yeux, le découvres non sans surprise légèrement ivre. Avant que tu n’aies eut le loisir de répondre à sa question, au demeurant intéressante, il s’éclipse. Tu termines ton verre, patientes.

Et plutôt que de te laisser aller à tes songes pour figer le temps, tu fixes ta montre avec insistance. Il est trop long. Tu te lèves calmement, marches jusqu’au hall, montes les escaliers. Inutile de le chercher dans la salle de bain, tu sais qu’il n’y est pas. Tes intuitions ne sont jamais mauvaises.

Et celle qui te pousse à prendre la direction de ton havre porte également en elle une rage naissante. Rage qui explose à l’instant même où tu le découvres figé dans ton antre. Personne ne pénètre jamais ta galerie, personne ne s’y oserait, pas même elle.

Et il y est, ingénument, effrontément. Tu as rarement perdu ton sang-froid, rarement. Ce jour-ci fera partie des exceptions. Tu fermes la porte derrière vous, t’avances lentement jusqu’à lui et poses tes mains sur ses épaules. Ta voix est profonde, sombre.

La curiosité est un vilain défaut Alec. Tu le diriges, le pousses à marcher en avant si bien que, et non sans violence, tu le coinces contre l’une des vitrines. Y sont exposés des squelettes d’enfants, difformes, aux poses étranges. Tu souris et ce dernier suinte la malveillance. Tu renforces ta prise et la pression appliquée sur son dos, son buste. Voilà mes passions.

Tu le retournes abruptement - et ta force de Sover pointe l’estime de sa contenance - il est à l’égal d’une poupée de chiffon entre tes mains.  Un pas, deux pas. Tu le pièges entre la vitrine et le mur adjacent, saisis ses mâchoires. Tu les manipules comme un chirurgien manipulerait celles d’un patient.

Devrais-je vous ajouter à ma collection ? Tu creuses ses joues de tes pouces. Tu dévores ses iris. Vous êtes très impoli Alec. Vous venez de me contrarier. Ton souffle se disperse à la rencontre du sien et si tu ne te considères ni humain, ni monstre, tu empruntes pourtant les traits des deux en cet instant.

Dracula sortant de son bateau avec ses rats ? Tu ris silencieusement. Ta colère et ta rage jouent à qui l’emportera. À leurs origines ? Le sentiment inexorable et détestable de vulnérabilité. Ce chien errant, l'amant éperdu, l'écrivain maladroit : vient, malgré lui, de craqueler ton sarcophage de marbre.

Je ne vais pas vous tuer. Tu amoindris la pression exercée sur ses joues. Je ne suis pas un meurtrier. Tu recules d’un pas, le considères avec impassibilité. Le meurtre ne fait pas partie de mes passions.  À ces mots tu lui tournes le dos, contemples presque avec tendresse tes horrifiques trésors.

Or je vais vous punir Alec. Ta tête s’incline légèrement sur le côté. Dites Adieu à ce qui vous restait de liberté. Un glas, un verdict sans appel. Ta froideur n’aura eut d’égal que ta cruauté. Tu as scellé son sort.

Tu sors de la pièce, longes le couloir, descends les marches, saisis ton verre de vin sur la table et t’installes au salon. Tu as scellé vos sorts.


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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Ven 8 Juil - 19:14
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musique – Je l'entends derrière moi mais mon corps refuse de bouger. Ce n'est qu'au moment où ils apposent ses mains de géant sur mes épaules que je fais un gigantesque bond sur place. J'ai les yeux qui tremblent, la respiration haletante et les mains moites. Je n'arrive à rien, même pas à me défendre : il fait de quoi ce qui le désire. Un Sover ? J'aurais dû m'en douter, je refusais d'y croire et de me plier à un cliché pareil mais... force est de constater que je devrais plus souvent écouter mes premières impressions.
Je déglutis. Je vais mourir. Non. Il va me faire du mal. Il va se venger. Je le vois dans ses yeux. Je le sens dans sa poigne. C'est douloureux. Je ne suis pas en sucre, mais j'assure qu'il n'est pas tendre. Ses pouces creusent mes joues un peu plus et j'y sens là la même sensation que des griffes acérées qui s'enfoncent dans ma mâchoire. Ce n'est pas normal, ce n'est pas normal, ce n'est pas normal, ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal. Le lieu m'effraie mais pas autant que lui. Il est l'ombre démoniaque des lieux, fier conservateur de son musée des horreurs. Monstre ? Mon discours sur l'être humain a-t-il si peu de conviction, au final ? Je ne sais plus quoi penser. J'ai envie de me réveiller.

C'est un cauchemar dans lequel je me suis lancé moi-même.

Dites Adieu à ce qui vous restait de liberté Alec. Il me glace le sang.
Lexie, Jane, mes parents. Ce sont les premiers auxquels je pense. Non, non, il ne peut pas faire ça, il ne peut pas.

Je cours à sa poursuite, dévale les escaliers en hurlant. « ATTENDEZ ! » Je laisse derrière moi la monstrueuse pièce, trop paniqué par sa menace. Je le retrouve dans le salon, incroyablement calme. Moi, je suis essoufflé. Fatigué. Effrayé.

« Ne vous avisez pas de rentrer d'une quelconque façon dans ma vie Armand. Vous ne me connaissez pas et je ne vous connais pas. Restons-en là. »

J'aimerai le supplier de ne pas toucher à ma famille mais je sais déjà que cela est peine perdue.

« Dites-moi... J'hésite, souffle, regarde autour de moi. Dites-moi plutôt comment je pourrai... M'excuser ou me racheter, comme bon vous semble. »

Je suis lâche. Je suis prêt à n'importe quoi pour conserver mon petit bonheur à la maison. Même à plier le genou sans honneur. Je ne peux pas perdre le peu que je possède. Je ne peux pas.
Si seulement je pouvais avoir la force de le menacer en retour. Mais qui suis-je pour le faire ?

Un moins que rien.
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MessageSujet: Re: from now on, we are each other's author - alec Sam 9 Juil - 11:47
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Tu te doutais qu’il réagirait de la sorte. La lâcheté vaut mieux qu’un bonheur brisé ? Heureux les imbéciles - malheureux les bons esprits. Tu l’accables, tu le pousses dans ses retranchements, lui retires son estime de soi. Il est là, devant toi, tremblant et misérable. Le plus irritant c’est qu’il ne craint pour sa vie, non, évidemment que non. Il craint pour celles de ses proches. Tu te pinces les lèvres. Au final, le calme qui t’enveloppes n’est - à juste titre - qu’une enveloppe.

L’amour, toujours l’amour. Tu siffles entre tes dents, poses ton verre sur le boudoir à tes côtés. Vous racheter Alec ? Si ironie il y a, elle est aussi froide que le sont tes yeux. Vous n’avez rien à m’offrir. Que pourrais-je faire d’un rêveur maladroit, d’un écrivain médiocre, sans confiance, sans honneur ? Des lames de rasoir ne feraient pas plus de dégâts. Ta rage est toujours là, vivace, amer.

N’est-ce pas justifié ? N’est-ce pas lui qui a pénétré ton antre, ton musée… Un pan de ton âme. Si cela avait été Evangeline, n’aurais-tu pas déjà trahis l’un de tes plus grands principes ? Ne l’aurais-tu pas tué ? Oui, tu l’aurais fait, sans hésiter. Lui, tu l’épargnes - si ce n’est pas acte humain et charitable, alors qu’est-ce ? Tu souris, légèrement amusé par cette dernière pensée. Sans le vouloir, finalement, il t’a enseigné une leçon d’humanité.

Une leçon à double tranchant - si sa vie est sauve, sa liberté est morte. Outre tes précédentes remarques acerbes, tu te flattes de le savoir à ton entière merci. Mais soit. Tu te lèves, anéantis calmement la distance vous séparant. Tu saisis son visage entre tes mains, te penches à son adresse - au plus près, puisse t-il se noyer dans le goudron de tes yeux. Alec. Ton sourire s’étire, ta voix se feutre. À partir d’aujourd’hui, vous dépendez de moi.

Doucement tu le pousses en arrière, le fait s’asseoir sur le divan. Tu restes debout, le dévorant de ton ombre. Une fois par semaine, nous nous verrons. Tu te retournes, t’affaires à récupérer vos verres, à les remplir. Tu places le sien dans ses mains, dégustes une gorgée du tiens. Je déciderais de quel jour il s’agira et vous en préviendrais la veille de celui-ci. Tu n’estimes pas avoir besoin de le prévenir qu’en cas de refus ou de fuite, sa famille et lui en pâtiront. Il n’est pas idiot, il peut aisément le deviner.

Tranquillement tu prends à ses côtés, le contemples non sans une satisfaction placide. Vous dormirez ici, je vous ferais préparer une chambre qui sera vôtre. Tu t’affales dans le dossier moelleux, étouffes un soupire fatigué. Tu scrutes sa nuque, ses cheveux en bataille. Rassurez-vous, je ne vous toucherais pas. Je n’ai pas ce genre d’appétit.

Ton verre rencontre le sien, ils tintent. À notre marché. Tu le poses sur la table basse, en profites pour le gratifier d'un énième sourire, quoique plus franc et fin que les autres. Qui prend effet dès à présent.


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