MessageSujet: Breathing Words - ft. Llyr Dim 7 Aoû - 3:15
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Breathing words [ft.Llyr]

En haussant le menton derrière ses cheveux humides et par-dessus son sac de papier et les courses qui en dépassaient, Chihiro parvint, non sans peine, à ouvrir la porte, qu’elle referma - un peu trop bruyamment - derrière elle à l’aide de son pied. Il était encore tôt. Après leur bol de mingão matinal - recette d’Evangéline à base de lait, de sucre et d’amidon de maïs - les deux jeunes femmes étaient sorties. Elle s’étaient séparées au bout de la rue, l’une partant au travail, l’autre aux courses. Ses tongs tantôt claquant tantôt traînant contre le plancher, la jeune femme s’avança vers la cuisine où elle déposa son sac de courses avec un soupir soulagé. Une fois le tout plus ou moins bien rangé et réparti entre les placards et le petit frigo, Chihiro récupéra quelques livres, dont une encyclopédie, dans sa chambre, ainsi que des copies et des stylos. Il y avait du retard à rattraper. Voilà ce que c’était d’être aussi dissipée. On laissait tout au dernier moment au profit d’activités prétendument plus gratifiantes, et on se retrouvait à se courber l’échine au-dessus de devoirs qui auraient dû être terminés depuis belle lurette. Enfin, il ne fallait pas compter sur la brune pour des remords; l’habitude était bien là, et Chihiro n’était pas plus angoissée que d'ordinaire. Elle s’installa dans le hamac sur le petit balcon, qu’elle avait tant bien que mal désencombré, avec ses affaires et un deuxième bol de mingão.

Le crayon de papier laissait un goût amer dans sa bouche, tandis qu’elle triturait ses méninges au-dessus de son devoir. Son épaisse encyclopédie sur un genou, une bande dessinée lui servant d’appui et ses copies noircies sur l’autre. Le hamac et la pluie, qui mouillait le rebord du petit balcon, la berçaient doucement, souvent entrecoupés par des cris excités ou agacés retentissant tantôt dans la rue, tantôt dans l’immeuble. Avisant du coin de l’oeil une boule de poils perchée sur la balustrade, Chihiro referma son encyclopédie d’un coup sec et se renversa à toute vitesse - sans doute ses mouvements affolés étaient-ils excessifs; elle manqua de perdre l'équilibre - sur le bord du hamac pour sauver de justesse le bol qui trônait en-dessous. En serrant ce dernier entre ses mains, elle rendit au matou son regard défiant et rempli tant de rancoeur que d'envie. Elle se détourna au bout de quelques secondes et reposa pensivement son regard sur les motifs colorés du hamac, en avalant tranquillement le reste du breuvage. Une fois terminé, elle déposa à nouveau son bol, laissant au chat le loisir de l’inspecter sous toutes les coutures et d’aspirer les dernières gouttes du contenu. Chihiro prit le temps de s’étirer longuement avant de se pencher à nouveau par-dessus bord pour cette fois-ci déposer son encyclopédie et son devoir inachevé; ni l’inspiration ni la motivation n’avaient subsisté. Elle garda sur ses genoux quelques copies et un stylo. L’heure était maintenant aux lettres. Le mercredi dernier, elle s’était rendue à l’ambassade de Zirnitria pour faire ses habituelles provisions d’adresses; sur cinq correspondants, elle en avait perdu trois. Une véritable hécatombe; elle avait demandé réparation.

L’écriture de la première lettre était toujours délicate. Elle devait être soignée, ni trop longue ni trop expéditive, mais Chihiro peinait souvent à respecter ces exigences; cela ne lui avait jamais vraiment causé préjudice.

De son correspondant, elle ne savait que le nom, la cité, et la profession. Chihiro avait d’ailleurs été surprise de ces derniers; la vie de la jeune femme n’était sans doute pas plus trépidante que celle d’un sergent de la cité rouge. Elle ne s’en était cependant pas formalisé outre mesure; jamais elle ne perdrait une occasion d’en connaître plus sur Zirnitria. La cité rouge était déjà bien assez mystérieuse comme cela. Quelque part, Chihiro savait que parmi ces nuées mystérieuses poussaient également quelques sombres secrets; elle n’en était que plus attrayante. L’intellect de la jeune femme lui intimait d’être prudente; son coeur n’en avait que faire. Voilà qu’elle saisissait son stylo pour écrire, sans se soucier des miaulements de la bestiole qui, sous elle, faisait ses griffes sur le tissu de l’épais hamac.

« Monsieur Anarawd,
Votre adresse m’a été aimablement confiée par l’ambassade, c’est donc avec plaisir que j’échangerai avec vous; pour longtemps, je l’espère - attention, représailles sévères dans le cas contraire !

Je ne suis pas certaine des informations que l’on a pu vous fournir à mon sujet, ni même de si l’on vous en a vraiment fourni, permettez-moi donc de m’introduire - je tâcherai de faire court, c’est une promesse. 
»

Mais Chihiro n’était pas vraiment réputée pour la fiabilité de ses promesses. 

« Comme vous aurez sans doute pu le remarquer à l’enveloppe, je m’appelle Chihiro. Je me rappelle vaguement qu’il s’agit également du prénom de l’héroïne d’un vieux film d’animation. Malheureusement, je n’ai jamais pu mettre la main sur ce dernier, c’est bien dommage; je n’en ai même pas le nom du réalisateur en têeAAAÏE. »

Chihiro lâcha brusquement son stylo pour se pencher par-dessus le rebord et incendier la maudite bestiole du regard. Elle se leva, attrapa une de ses tongs et avec, menaça le chat jusqu’à ce qu’il déguerpisse. Ingrate créature. La jeune brune s’attela à nouveau à la rédaction de sa lettre, le dos courbé, et quelques grommèlements aux lèvres; les griffes du chat s’enfonçant dans sa peau à travers le tissu du hamac l’avaient faite bouger. Heureusement, ce n’était qu’une petite rature qu’elle parvint à camoufler; elle n’avait pas envie de recommencer. 

« J’ai toujours vécu à Amenti. Je n’ai pas le souvenir de m’en être jamais plaint; c’est que l’on n’en fait pas rapidement le tour. J’imagine que c’est également le cas de Zirnitria. Non, je n’ai pas à me plaindre. Reste que si j’avais la possibilité de m’enfuir pour m’égarer dans les rues de votre cité ou d’Oranda, ou encore dans quelqu’autre paysage, je n’y rechignerais certainement pas. On m’a dit beaucoup de bien de votre Wisdom Square ! »

À vrai dire elle n’avait pas attendu qu’on daigne lui en parler pour aller dévorer sans aucune retenue des brassées d’ouvrages sur les célèbres quartiers culturels de la cité rouge et sur son architecture. Elle frotta son oeil à l’aide de sa paume.

« Oserais-je vous demander les lieux de votre cité que vous préférez, ceux à côté desquels il ne faut pas passer ? En contrepartie, que puis-je vous dire à propos d’Amenti ? Vous en avez probablement déjà foulé le sol. Sa principale richesse, à mon sens, est humaine. Que serait-elle sans ses millions de rires, sans ses cris, sans ses accolades ? La misère a beau s’étendre sur plusieurs quartiers, à Shantytown, les enfants continuent de sourire; c’est un peu ce qui compte le plus, n’est-ce pas ? Ça et les délicieux fruits qu’on déniche au marché, il faut en convenir. Amenti regorge de vie, de jus de fruit, et d’opportunités pour passer d’agréables moments (notez que je n’essaie absolument pas d’immiscer en vous l’idée de venir, si d’aventure vous ne l’auriez pas déjà fait). »

Agacée, Chihiro secoua son stylo, qui semblait rendre l’âme. Elle n’avait pas de temps à perdre et le remplaça par un autre.

« Je suppose que c’est un cadre de vie agréable pour une étudiante comme moi. Je suis actuellement en deuxième année d’études en histoire des arts. Là encore, je n’ai pas à me plaindre. Certains professeurs ne débordent pas vraiment d’engouements, rien qui ne puisse être passé outre, cependant; et puis les sorties culturelles sont offertes, que demander de plus ? Si vous avez eu l’occasion de visiter Amenti, quels endroits vous ont plu le plus ? De manière générale, avez-vous l’habitude de voyager ? J’imagine que votre métier vous le permet, mais ce n’est là que supposition. Quelle vie menez-vous à Zirnitria ? Sans doute avez-vous quelques anecdotes à me raconter ! C’est avec avidité que j’attendrai votre réponse, Monsieur Anarawd.  

Sincères salutations,


Chihiro Nakatani.
 »




#93baee


   
   
   
MessageSujet: Re: Breathing Words - ft. Llyr Jeu 11 Aoû - 21:28
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OÙ ÊTES VOUS ? : Zirnitra.
MÉTIER/OCCUPATION : Sergent, dans l'armée.
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breathing words.




Parler.


Il n’y a rien de mieux que parler. Produire un son, même si celui si semble ridicule, même si celui-ci n’a aucun sens. Juste parler. Couvrir le silence. Enoncer ses idées. Juste parler. Et contre toute attente, c’est quelque chose que je ne fais pas tant que ça. Je vante les louanges de la parole mais je n’en fais que peu usage. J’aime quand les autres parlent. J’aime quand les autres me racontent leur vie, leur tout et leur rien. Leur n’importe quoi. J’aime quand ils glissent des sons, quand ils les murmurent, les chantonnent, les décomposent. Rien de tel que d’avoir quelqu’un qui brise mes pensées par un n’importe quoi. Je suis certain que n’importe qui penserait le contraire, que l’on me prendrait pour un fou. Mais pourtant c’est le cas. J’ai besoin de ces personnes qui gravitent autour de moi, sans cesse. C’est sans doute pour cela que j’aime patrouiller, pour percevoir le moindre son autour de moi. Je ne m’intéresse pas au contenu des mots, juste leur son. Juste cela. Juste la façon dont ils sont prononcés, juste la façon dont ils sonnent. Oui. Voilà ce qui m’intéresse le plus dans le langage.

Pourtant.
Pourtant voilà que je me suis inscris, sans raison apparente, à un échange entre nations. C’est idiot, je voyage assez régulièrement, et je ne suis peut-être pas la personne la plus adaptée pour une lettre. Quoique. J’aime entendre les autres parler mais j’aime écrire. Je ne sais juste pas si je suis assez intéressant, assez… captivant pour être lu. Je sais que je ne le suis pas assez pour être entendu, en tout cas. Mon écriture est-elle semblable à mon flot inexistant de paroles ? Je n’en sais rien. Il est peut-être tant d’essayer. De plus, j’ai la terrible envie de parler de ma vie à quelqu’un que je ne connais pas. Quelqu’un qui ne pourra pas me juger, quoique, qui pourra surtout me juger sans que j’en sois mis en courant. Je n’aurais pas à affronter son regard ni même une moue qui me mettrait mal à l’aise.

    « Chère Chihiro, »

Voilà qui est peut-être un peu trop formel comme entrée, mais je ne sais pas comment faire autrement. Je n’ai écris que des lettres officielles ou des rapports pour mes supérieurs. Et là, alors que j’effleure sa lettre du regard, que j’étudie les courbes de l’encre, je me sens soudainement démuni. Tout semble être si simple, si doucement composé, plus naturel que ce que je vais tenter de mettre sur le papier.

    « Je suis d’abord désolé du temps que j’ai mis à écrire cette réponse. Mes journées à Zirnitra sont assez occupées en ce moment. ».

Mon écriture est assez appliquée, droite, elle me représente. Mais elle ne laisse pas transparaître ce qui me hante, tout du moins pas encore.
    « Comme je ne sais ce qu’on vous a transmis à mon sujet, je me permets à mon tour de me présenter. Je m’appelle donc Llyr – une prononciation que bien peu de personnes maîtrisent – (oh et je vous en prie, appelez moi par mon prénom) et comme je doute qu’on vous l’ait confié,  je vous précise que je suis sergent dans l’armée zirnitrienne, »

Pour qui vais-je passer ? Personne n’a envie de discuter avec un gradé militaire, personne n’a envie de parler à quelqu’un qui a un peu de pouvoir à Zirnitra. Tout le monde en a peur. Tout le monde l’évite. Et cela se comprend.
    « Je tiens aussi à dire que c’est la première fois que je communique par lettre avec quelqu’un, et que c’est une expérience plaisante : une nouvelle façon d’adresser ses pensées à un inconnu n’est pas aussi terrifiant que ce que l’on pourrait croire. ».
Oh, vraiment ? Llyr, ta peur se fait ressentir. Oui. J’ai peur d’écrire à cette personne en fin de compte. Certes, pas de jugement visible, mais la crainte de l’erreur, du mot en trop qui ferait qu’aucune autre lettre ne me reviendrait ensuite.
    « Amenti m’est en effet familière, une nation dans laquelle je me rends régulièrement pour diverses missions et autres travaux. Si j’apprécie sa chaleur et les langages de son peuple, je n’arrive pas encore à me faire au sable. Y arriverai-je un jour ? Espérons-le ! Peut-être devrais-je simplement trouver un moyen pour qu’il arrête de s’immiscer dans mes bottes pour que je le ramène chez moi ? »
Allons, Llyr, tu n’es pas fait pour l’humour…
    « Zirnitra quant à elle est si différente. La chaleur d’Amenti laisse place à un froid qui pénètre les cœurs, mais auquel je suis habitué. Si tout me parait semblable – bâtiments de verre ou autre structures de pierres – il y a tout de même quelques couleurs qui tentent de ressortir à travers le rouge de notre drapeau. Je ne puis que vous conseiller Wisdom Square et ses différents artistes qui dévoilent leurs sentiments sur une toile, du tissu, ou même un mur. Sans parler des musiciens, inspirés de plusieurs folklores, qui laissent libre court à leur imagination et interprètent de si belles choses ! Si j’en ai l’occasion, je vous ferai parvenir quelques dessins ou autre prochainement, ou dans ce courrier si j’en ai l’occasion.»
Reprendre mon souffle. Je parle sur le papier. Je suis bien plus bavard qu’à l’accoutumée.
    « Tout est si différent de chez vous, ici. Mais les différences sont plaisantes, j’aime les remarquer quand je voyage. M’étant rendu à Oranda, croyez moi que cette nation est encore pleines de différences aussi !  Peut-être devrais-je y retourner et admirer l’art là-bas aussi ? »

Je relâche ma plume pour aller boire un verre, et non d’alcool cette fois-ci. L’alcool est réservé à l’extérieur, pas chez moi, sauf cas exceptionnel. Lentement, je pose mon regard sur l’horloge. Tant de temps a donc passé ? Ecrire m’évade autant que le bruit. Le chant de la plume est donc porteur d’énergie positive. C’est à retenir. Je me remets alors à mon bureau.
    « Qui sont les artistes que vous préférez ? Je dois admettre que quelques anciens grands noms de la peinture –  Le Caravage ou Michelange – m’apaisent terriblement et me procurent un certain sentiment de satisfaction. Devrais-je aussi parler de De Vinci ? Un véritable savant ! Tout de même, je dois vous avouer que mon domaine d’expertise s’étend plus aisément sur la musique que la peinture… ».
Calme toi, Llyr. Tu écris trop.
    « Voilà que je devrais achever ma lettre. Deux pages, cela est sans doute assez pour un premier courrier.
    Je tiens à vous remercier de bien vouloir ainsi communiquer avec moi. Un correspondant est sans doute ce qu’il manquait à mes journées, et je suis heureux d’ainsi vous écrire.
    Bien cordialement,
    Llyr Anarawd. »

Lettre scellée à la cire, après avoir glissé un de ces petits dessins de la nature zirnitrienne acheté au marché noir dans l’enveloppe. Hm. Quel étrange correspondant je fais.








    do not go gentle into that good night, old age should burn and rave at close of day; rage, rage against the dying of the light. though wise men at their end know dark is right, because their words had forked no lightning they. do not go gentle into that good night.

Breathing Words - ft. Llyr
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